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Représentation des femmes : le CSA délibère a minima

Communiqué de presse

(En parallèle, se déroule, ce vendredi 6 mars, une rencontre sur « la place des femmes dans les médias » entre la ministre de la culture et de la communication Fleur Pellerin, la secrétaire d’Etat aux droits des femmes Pascale Boistard, le président du CSA Olivier Schrameck et Sylvie Pierre-Brossolette).

Le collectif de femmes journalistes “Prenons la Une” salue la délibération du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) relative au respect des droits des femmes, (4 février 2015) mais s’inquiète de son manque d’ambition. En effet, aucun objectif précis de présence des femmes à l’antenne n’est proposé.

Cette délibération a pour but de mettre en œuvre concrètement la loi sur l’égalité réelle entre les femmes et les hommes du 4 août dernier. C’est la première fois que l’on offre un cadre juridique à la question de la représentation des femmes dans les médias. Auparavant, les stéréotypes sexistes, la sous-représentation dont souffrent les femmes et que dénonce “Prenons la Une” depuis sa création le 2 Mars 2014[1] ne pouvaient faire l’objet d’aucune saisine du CSA.

Nous constatons que le CSA incite les chaines à agir et donne une méthode pour un décompte précis de la présence des femmes sur leurs antennes. Il est important que les chaînes se plient à ce décompte et ne nient plus leur responsabilité. Car depuis 2008, date d’un des premiers rapports sur le sujet, les chiffres ne décollent pas : lorsqu’un expert parle dans les médias, dans 18% des cas seulement, c’est une femme qui s’exprime, 20% tout au mieux[2].

Notre collectif s’étonne cependant d’une délibération “à minima”, alors que la loi du 4 août 2014 permettait au CSA d’inventer des objectifs bien plus ambitieux et des contraintes réelles.

Le CSA devrait donner dès maintenant des objectifs chiffrés précis aux chaînes, car on ne saurait se contenter d’une simple “progression”. La délibération du CSA ne dit rien de ses exigences. Le flou réside également dans l’obligation de diffuser “des” programmes destinés à lutter contre les stéréotypes et les violences faites aux femmes. Combien de programmes ?

Que sont donc devenus les engagements pris par les grands groupes audiovisuels en 2014 sur la représentation des femmes ?[3] France Télévisions et Radio France s’étaient engagés à inviter au moins 30% de femmes expertes sur leurs antennes. Aucun résultat n’a été communiqué.

Quid des sanctions ? Le CSA rechigne encore à dépasser son système de “mise en garde”, “mise en demeure”. Nous lui demandons, dès que possible, d’appliquer les recommandations récentes du Haut Conseil à l’Egalité[4] : celle de “l’éga-conditionnalité des financements”, autrement appelé “gender-budgeting”. C’est-à-dire conditionner les financements publics à la juste représentation des femmes.

Les médias publics ont un devoir d’exemplarité, et nous serons particulièrement attentives à leurs résultats. Nous souhaitons que le CSA soit ambitieux dans ses objectifs et ferme dans ses exigences. Nous y veillerons.

Quant à la presse, qui ne possède pas d’organe de tutelle comme le CSA, nous souhaitons qu’elle s’inspire des contraintes des médias audiovisuels et donnent enfin une juste place aux femmes.

Prenons la Une est un collectif de femmes journalistes composé de :

Claire Alet (Alternatives Economiques), Cécile Amar (Le Journal du dimanche), Marianne Bliman (Les Échos), Claire Boubé (indépendante France24 et AFPTV), Mélissa Bounoua (Slate), Eloïse Bouton
(indépendante), Lénaïg Bredoux (Mediapart), Sophie Caillat (indépendante), Alice Coffin (20 Minutes), Laure Daussy (indépendante), Cécile Dehesdin (Buzzfeed France) Ixchel Delaporte (L’Humanité), Rokhaya Diallo (éditorialiste), Nassira El Moaddem (France2), Clémentine Gallot (Libération), Hélène Guihunt (indépendante et Elle), Ségolène Hanotaux (indépendante), Marie Kirschen (Well Well Well), Valérie Landrieu (Les Échos), Ariane Lavrilleux (indépendante et Europe 1), Audrey Lebel (Causette), Léa Lejeune (Challenges), Myriam Levain (Cheek Magazine), Johanna Luyssen (Libération), Rachel Mulot (Sciences et avenir), Camille Neveux (Le Journal du dimanche),  Fanny Roux (Contexte), Valérie de Senneville (Les Échos), Sidonie Sigrist (indépendante), Julia Van Aest (LCI, M6, BFMTV), Laure Watrin (indépendante et Les Pintades).

Contacts presse :

Laure Daussy : 06 62 01 90 65
Ségolène Hanotaux : 06 60 90 21 33


[1]
Tribune parue dans Libération le 2 mars 2014 : http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2014/03/02/femmes-a-laune_983970

[2]
Rapport: Les expertes, bilan d’une année d’autorégulation. http://www.haut-conseilegalite.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_imageF_2011.pdf.
(2011)

[3]
http://www.csa.fr/Etudes-et-publications/Divers/Bilan-des-premiers-travaux-du-groupe-de-travail-Droits-desfemmes-Annee-2013

[4] http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_hce-2014-1020-ster-013.pdf

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